Israel Romero / lundi 26 janvier 2026 / Catégories: Blog L'Espagne a un problème : nous ne sommes pas une communauté… et le deviendrons-nous ? L’Espagne a un problème : nous ne sommes pas une Communauté… et le deviendrons‑nous ? Chez Made in Spain Gourmet, nous défendons depuis des années quelque chose qui nous semble presque une évidence : les produits gourmet espagnols sont exceptionnels. Pas bons. Pas corrects. Exceptionnels. Par leur qualité, leur diversité, leur histoire, leur territoire et par les personnes qui se cachent derrière chaque projet. Et pourtant, quand nous regardons au‑delà de nos frontières, quand nous observons comment nous nous positionnons en tant que pays, apparaît une sensation gênante difficile à admettre : nous ne jouons pas en équipe. Et cela, dans un monde globalisé, coûte cher. L’Espagne a du talent, des produits et des récits. Ce qui lui manque — du moins pour l’instant — c’est une mentalité de communauté. Et tant que nous ne l’aurons pas, nous resterons quelques pas derrière des pays comme l’Italie ou la France, qui ont compris depuis longtemps que quand l’un gagne à l’étranger, tout le monde gagne. Des histoires merveilleuses… qui restent inachevées Chaque semaine, je découvre des histoires incroyables. De petites et moyennes entreprises qui font les choses très bien. Des producteurs avec des produits uniques, avec une identité, une âme. Des huiles qui pourraient être sur n’importe quelle table du monde, des fromages qui émeuvent, des conserves qui racontent la mer mieux que n’importe quel livre… Des produits que je mettrais moi‑même dans mon placard sans hésiter ! Mais lorsque la conversation tourne vers la commercialisation — et surtout vers l’internationalisation — quelque chose change. Il y a des silences. Des doutes. La peur. Le « nous ne savons pas par où commencer ». Et pas parce que le produit n’est pas à la hauteur, mais parce qu’ils n’ont ni les ressources, ni l’expérience, ni l’accompagnement pour franchir ce cap en toute sécurité. Et ici c’est le pays qui échoue. Sans partage de connaissances, on ne grandit pas C’est aussi simple. Sans partage des connaissances, on ne peut pas se développer à l’étranger. Pourquoi nous compliquons‑nous autant la tâche ? Pourquoi ne partageons‑nous pas ce que nous savons ? Pourquoi chacun préfère‑t‑il aller de son côté, tester, se tromper, perdre du temps et de l’argent… plutôt que de mettre en commun ses efforts ? Ces questions renvoient, en grande partie, aux gouvernements régionaux, aux organismes publics, aux ICEX de service. Mais il serait injuste de s’arrêter là. Parce que les producteurs, souvent, ne veulent pas non plus partager. Ils préfèrent la guérilla individuelle, le « je me le prépare, je me le mange », même si cela signifie ne jamais grandir ni en tant que lobby ni en tant que marque‑pays. Pendant ce temps, d’autres pays avancent ensemble. Le cas de l’HOVE : un exemple clair Prenons l’Huile d’olive vierge extra (AOVE). Probablement l’un des meilleurs produits d’Espagne et, paradoxalement, l’un des moins bien expliqués à l’étranger. Nous avons des variétés uniques : picual, hojiblanca, arbequina, cornicabra… Nous avons des régions avec une identité propre : Jaén, Cordoue, Tolède, Catalogne, Estrémadure, Levante… Ne serait‑il pas logique d’aller de concert pour développer ces variétés et ces régions ? Ne serait‑il pas sensé d’écarter de l’équation les grands groupes qui embrouillent le consommateur avec de l’« huile d’olive » générique, des mélanges d’origines douteuses (pas si douteuses : Maroc, Tunisie…) et des prix impossibles parce qu’ils achètent du produit à l’étranger pour réduire les coûts ? Ce qui manque ici, c’est une stratégie commune, puissante et professionnelle. Des actions commerciales bien pensées, tant à l’étranger qu’en Espagne. Des événements où nous invitons des chefs influents, des influenceurs de qualité, des distributeurs gourmet internationaux. Des expériences où ils goûtent, apprennent, comprennent… et ensuite peuvent recommander nos atouts mieux que personne à leurs communautés. L’Europe, l’Asie et l’Amérique sont là. Elles attendent. Mais elles ne nous comprendront pas si nous ne savons pas nous expliquer. Et cela ne se fait pas en solitaire. [caption id="attachment_47966" align="aligncenter" width="600"] Le luxe qui se tranche au couteau : découvrez le véritable Jambon Ibérique[/caption] L’ibérique : quatre DO, une opportunité énorme Autre exemple évident : l’ibérique. Nous avons quatre Dénomination(s) d’Origine (Jabugo, Guijuelo, Dehesa de Extremadura et Valle de los Pedroches), chacune avec son identité, son territoire, son savoir‑faire. Et pourtant, nous continuons à communiquer de façon fragmentée, confuse, parfois même contradictoire. Chaque DO devrait développer un plan d’affaires solide, incluant communication, marketing et action commerciale. Un plan qui transmette clairement son unicité, sa qualité et ses propriétés différentielles. Qui éduque le consommateur international et lui fasse comprendre pourquoi un ibérique 100 % n’est pas « un jambon de plus ». Il ne s’agit pas ici de nous concurrencer entre nous, mais de rehausser la catégorie dans son ensemble. Quand le monde comprend la valeur de l’ibérique, tout le monde y gagne. Et nous n’aurons pas à justifier son prix, à nous rabaisser en diminuant la qualité de quelque chose d’unique simplement parce que nous ne savons pas le vendre comme il se doit. Conserves et fromages : un patrimoine que nous ne savons pas vendre ensemble Et que dire de nos conserves et de nos fromages. Anchois de Cantabrie, conserves galiciennes, thon rouge de Méditerranée, bonite du nord, oursins, couteaux, huîtres, moules, maquereau d’Andalousie… Ou nos fromages : manchego, cabrales, garrotxa, gamonéu, zamorano… Une diversité que beaucoup de pays envieraient. Ici le problème est le même : excellence individuelle, stratégie collective inexistante. Chacun communique comme il peut, vend comme il sait et va jusqu’où il peut. Et il est alors très difficile de construire une image forte et cohérente de ce que représente l’Espagne dans l’univers gourmet. Faire du lobbying n’est pas négatif En Espagne, le mot « lobby » suscite souvent du rejet. Mais faire du lobbying, bien compris, c’est simplement défendre des intérêts communs de manière professionnelle. L’Italie le fait. La France le fait. Et il ne se passe rien de mal. Au contraire : leurs producteurs en bénéficient, leur marque‑pays se renforce et leur positionnement global est solide. Nous devons perdre la peur de cela. De nous unir. De partager. De penser à long terme. Made in Spain Gourmet veut diriger… mais ne peut pas le faire seul Chez Made in Spain Gourmet, une chose est claire : nous voulons diriger ce mouvement. Nous voulons être un point de rencontre, une plateforme, une voix qui pousse vers cette communauté qui aujourd’hui n’existe pas. Mais pour que cela fonctionne, nous avons besoin d’entreprises qui nous suivent. D’entreprises qui comprennent que c’est la voie. Que cesser d’aller seuls n’est pas perdre son identité, mais multiplier les opportunités. Que faire les choses de manière professionnelle, conjointe et stratégique est la seule façon de conquérir des marchés véritablement. L’Espagne n’a pas un problème de produit. Elle a un problème de mentalité. La bonne nouvelle, c’est que cela peut se changer. Mais seulement si nous décidons de le faire ensemble. Hiver méditerranéen : légumineuses et huile d'olive extra vierge corsée pour se réchauffer Queso Manchego : ce qui le rend unique et pourquoi c'est le fromage le plus emblématique d'Espagne Imprimer 5 Notez cet article : Aucune note Mots-clés: Espagneinternationalisationcommunautéfoyer Veuillez vous connecter ou vous inscrire pour publier des commentaires.